Le canal du Midi

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Le canal du Midi s’étend de Toulouse à l’étang de Thau à Marseillan. Mais lorsqu’on parle du site inscrit sur la Liste du patrimoine mondial (on parle alors de « bien »), on inclut son système d’alimentation en eau depuis la prise d’Alzeau dans la montagne noire jusqu’au seuil de Naurouze et également ses extensions : canal de Brienne à Toulouse et canaux de Jonction et Robine en direction de Port-La-Nouvelle ainsi qu’une section du fleuve Hérault à Agde.

Sommaire

L’inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO

Le « bien » canal du Midi a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1996. Il est doté d’une zone tampon qui correspond au territoire des 89 communes mouillées par le bien.

La Valeur Universelle Exceptionnelle, c’est quoi ?

Une inscription sur la Liste du patrimoine mondial correspond à la reconnaissance d’une « Valeur universelle exceptionnelle » (VUE) par la communauté internationale. Elle signifie une importance culturelle et/ou naturelle tellement exceptionnelle qu’elle transcende les frontières nationales et qu’elle présente le même caractère inestimable pour les générations actuelles et futures de l’ensemble de l’humanité. À ce titre, la protection permanente de ce patrimoine est de la plus haute importance pour la communauté internationale.

Le canal du Midi répond à 4 des 6 critères de l’UNESCO pour les biens culturels :

  • Critère I : représenter un chef-d’œuvre du génie créateur humain;
  • Critère II : témoigner d’un échange d’influences considérable sur le développement de l’architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de la planification des villes ou de la création de paysages; 
  • Critère IV : offrir un exemple éminent d’un type de construction ou d’ensemble architectural ou technologique ou de paysage illustrant une période significative de l’histoire humaine; 
  • Critère V : être un exemple éminent d’établissement humain traditionnel, de l’utilisation traditionnelle du territoire ou de la mer, ou de l’interaction humaine avec l’environnement 

Le plan de gestion UNESCO du canal du Midi 

Le canal du Midi bénéficie d’un “Plan de gestion UNESCO”, approuvé le 1er avril 2021 par le préfet de région Occitanie. Véritable outil de gestion durable, élaboré de façon concertée avec le comité de bien, il fixe les grandes orientations pour l’avenir du canal du Midi avec un plan d’action 2020-2027 concernant notamment la gestion de l’eau, la préservation de l’ouvrage et des paysages du canal, le développement économique et touristique, la connaissance et la valorisation du canal.

La gouvernance du canal du Midi

La gouvernance du canal du Midi s’articule autour d’un comité de bien, véritable parlement du canal, qui rassemble les représentants de tous les acteurs concernés par le canal du Midi. Co-présidé par le préfet de région, la présidente du conseil régional et le directeur général de VNF, il regroupe notamment les représentants de l’État et de ses établissements publics, les élus (sénateurs et députés, maires, présidents des intercommunalités et des conseils départementaux), et les représentants des acteurs socio-professionnels.

  • Une « Entente pour le canal du Midi » regroupant l’État, Voies navigables de France, le conseil régional d’Occitanie et les 4 conseils départementaux concernés (Aude, Haute-Garonne, Hérault et Tarn). Elle porte et coordonne les initiatives en faveur de la préservation et de la valorisation du canal du Midi.
  • Les 16 intercommunalités traversées par le canal sont associées aux décisions dans un comité stratégique :
    • Toulouse métropole
    • Communautés d’agglomération : SICOVAL, Carcassonne Agglo, Béziers Méditerranée, Hérault Méditerranée et Sète Agglopôle Méditerranée, Grand Narbonne
    • Communautés de communes : Terres du Lauragais, Castelnaudary-Lauragais-Audois, Piège-Lauragais-Malepère, Lauragais-Revel-Sorèzois, Montagne noire, Région Lézignanaise-Corbières -Minervois, Minervois Saint-Ponais Orb-Jaur, Sud Hérault, La Domitienne.

La construction du canal

Le canal du Midi est né d’un besoin stratégique : la nécessité d’assurer par voie d’eau la liaison entre l’océan Atlantique et la Méditerranée, qui obligeait autrefois les bateaux à emprunter le détroit de Gibraltar, et commercial : celui d’amener les produits du Languedoc vers le bassin méditerranéen. Cette idée aurait été envisagée dès l’Antiquité. Les traces écrites des premiers projets apparaissent sous François Ier, Charles IX et Louis XIII. Mais aucun ne vit le jour, et cela pour un problème insoluble jusqu’alors : celui de l’alimentation en eau. La difficulté majeure venait du fait que le canal Royal de Languedoc, comme il allait être nommé à sa création, devait franchir la ligne de partage des eaux entre le versant atlantique et le versant méditerranéen.

Le biterrois Pierre Paul Riquet, fermier général des Gabelles (impôt sur le sel) de la province de Languedoc, eut l’idée de capter les eaux des ruisseaux de la Montagne Noire et de les conduire jusqu’à Naurouze, point choisi par Riquet pour le col situé sur la ligne de partage des eaux entre le versant atlantique et le versant méditerranéen, par un système de rigoles et de bassins de provision. Riquet fit faire en 1655 sur son domaine de Bonrepos un modèle hydraulique qui préfigurait dans ses principes fonctionnels le système d’alimentation en eau du canal du Midi. Il fit creuser en 1665 une rigole d’essai, test in situ pour démontrer la faisabilité de son projet. Louis XIV ordonna alors la construction du canal par l’Édit de Saint-Germain-en-Laye en octobre 1666.

Suite à cette décision, Pierre Paul Riquet fut désigné entrepreneur de la construction. Par l’adjudication du 15 novembre 1666, il prit la charge des travaux à mener entre la Garonne à Toulouse et l’Aude à Trèbes, ainsi que du système d’alimentation de la Montagne Noire. Par la seconde adjudication (juin 1669), le Roi lui confia la construction du canal de Trèbes à l’étang de Thau et celle du port de Sète. Les travaux commencèrent en 1667 et se terminèrent en 1684 (réception définitive). 12 000 ouvriers furent employés à sa réalisation. Pierre Paul Riquet mourut en octobre 1680 : il ne vit pas son œuvre achevée. Son fils aîné, Jean-Mathias Riquet, eut l’honneur de finir cet ouvrage et d’assister au voyage inaugural en mai 1681. Les 240 km de Toulouse à l’étang de Thau (Les Onglous) furent alors parcourus par un convoi de barques qui arrivèrent à Sète le jour de la Pentecôte.

Les modifications au cours du temps

Vauban apporta certaines modernisations comme, par exemple, le percement des Cammazes pour prolonger la rigole de la montagne et le rehaussement du barrage de Saint-Ferréol pour augmenter sa capacité. Il fit aussi construire de nombreux ouvrages maçonnés pour isoler les cours d’eau qui se jetaient dans le canal et l’ensablaient, ainsi que des épanchoirs pour réguler le niveau de l’eau. Il édifia quarante-neuf aqueducs et ponts-canaux dont ceux de la Cesse, de l’Orbiel et de Pechlaurier. Enfin, il renforça une grande partie des ouvrages et des digues initialement construits par Riquet.

Le succès commercial du canal du Midi au XVIIe siècle fut si important que Vauban proposa de le relier à la mer en empruntant l’ancien lit de l’Aude au niveau du hameau de Port La Nouvelle via la ville de Narbonne. Les travaux de construction du canal de la Robine débutèrent en 1686 et permirent de rejoindre la rivière Aude à la mer en ce lieu. Mais, en l’absence de connexion entre l’Aude et le canal du Midi, le reste du chemin se faisait par voie terrestre. Ce n’est qu’en 1767, plus d’un siècle après, que les travaux du canal de Jonction furent entrepris afin de relier le canal du Midi à la rivière Aude et au canal de la Robine.

En 1765 fut créé le canal Saint-Pierre (actuel canal de Brienne à Toulouse) pour mettre en relation les ports de la Garonne dans la ville avec ceux du canal.

Enfin, de 1839 à 1856, le canal latéral à la Garonne fut construit pour permettre aux barques du canal d’atteindre Bordeaux sans pâtir des longues périodes de sécheresse ou de crue de la Garonne, qui rendaient jusqu’alors la navigation aléatoire.

Les fonctions du canal du Midi 

Les fonctions du canal du Midi furent à l’époque de sa création le transport de marchandises (grande diversité de produits tels que les céréales – blé, orge – le vin et les eaux de vie, mais également du marbre de Caunes, utilisé pour la construction du Trianon à Versailles) et le transport des voyageurs grâce au service de la barque de poste qui reliait Toulouse à Agde en 4 jours. Le voyage était rythmé par l’arrêt aux dînées et aux couchées, ces auberges qui permettaient aux voyageurs de se reposer et de se restaurer, tandis que les chevaux qui halaient les barques étaient remplacés par des chevaux frais.

Au XIXe siècle, l’irrigation des cultures grâce à l’eau du canal se développa. Cette fonction n’était pas prévue à l’origine. Mais l’évolution des techniques agricoles couplée à une bonne maîtrise du fonctionnement hydraulique du canal permirent de répondre positivement aux demandes des agriculteurs qui souhaitaient bénéficier de prises d’eau. 

Aujourd’hui, si l’irrigation bien sûr, et dans une autre mesure, le transport de passagers, sont toujours d’actualité, ce n’est plus le cas du transport de marchandises qui a quasiment cessé en 1989. Au XXIe siècle, l’une des activités prédominantes du canal du Midi est le tourisme fluvial. Celui-ci se décline sous plusieurs formes : location de bateaux habitables, plaisance privée, croisières fluviales, promenades en bateaux à passagers et autres activités nautiques, ainsi que différentes activités fluvestres, c’est-à-dire sur les berges. Le nombre de passages de bateaux aux écluses a considérablement augmenté après l’inscription du canal sur la Liste du Patrimoine mondial en 1996, notamment dans la partie Est du canal. Des aménagements adaptés à la navigation fluviale actuelle ont été réalisés : ports de plaisance, services de proximité.

Le paysage et l’environnement du canal attire aussi beaucoup de randonneurs et cyclistes sur le chemin de halage, qui pour les circonstances a été aménagé à certains endroits en piste cyclable ou chemin de randonnée. Le canal est notamment intégré sur la véloroute V80 « canal des 2 mers à vélo » et dans l’Euro véloroute EV8 « la Méditerranée à vélo ».

Depuis 2006, ce paysage est mis à mal par le chancre coloré du platane, maladie incurable et fortement transmissible, qui entraîne la mort d’un grand nombre de ces arbres. Pour ralentir la progression de la maladie et par mesure de sécurité, Voies navigables de France, avec l’appui des collectivités et des mécènes, abat les arbres malades et replante les zones concernées afin que l’identité du canal soit sauvegardée.

Gens du canal